Éditions de Minuit : l’histoire d’une maison d’édition née dans l’ombre de l’Occupation

Machine a ecrire vintage et livres a couverture blanche evoquant la naissance clandestine des Editions de Minuit

Au 7, rue Bernard-Palissy, à deux pas de Saint-Germain-des-Prés, une porte étroite. Derrière, l’une des maisons d’édition les plus singulières du XXe sièclé français. Les Éditions de Minuit n’ont jamais été grandes par la taille. Petit catalogue, petit personnel, petits tirages au démarrage. Mais une influence démesurée sur la littérature et la pensée, du Silence de la mer à L’Amant, de Beckett à Bourdieu. L’histoire de cette maison d’édition tient autant du roman d’aventure que du manifeste politique. Elle commence à Paris pendant l’Occupation, dans la cuisine d’un appartement parisien, avec une presse à bras et une obsession : continuer à écrire et à publier sans plier devant la censure allemande.

1941, dans le Paris occupé : la naissance clandestine des Éditions de Minuit

L’idée germe au cœur de l’année 1941. Jean Bruller, dessinateur de presse connu pour ses albums satiriques, et Pierre de Lescure, écrivain et journaliste, se croisent à Paris. Tous deux refusent la solution proposée aux écrivains français restés au pays : se taire ou publier sous la « Convention de Censure » signée par les éditeurs avec l’occupant. Bruller avait d’abord voulu paraître dans la revue clandestine La Pensée libre. La Gestapo la démantèle. Lescure et lui décident alors de fonder leur propre maison.

Le nom claque comme un mot de passe : Les Éditions de Minuit. L’heure du couvre-feu, l’heure des conspirateurs, l’heure aussi des publications qu’on lit cachées. Le premier livre, Le Silence de la mer, est signé Vercors, pseudonyme que Bruller emprunte au massif du Vercors, foyer de maquis. L’ouvrage commence à circuler de main en main en octobre 1942. Vingt-six titres suivront jusqu’à la Libération.

Le capital de départ ? Trois mille francs avancés par André Robillard, ami banquier de l’avenue de l’Opéra. Le professeur Robert Debré, médecin et résistant, ajoute cinq mille francs. Pas un sou de la France Libre, pas un sou de l’OCM, dont Bruller refuse les cinquante mille francs offerts. Question de principe : ne pas être inféodé à un seul secteur de la Résistance. Cette indépendance financière deviendra l’ADN de la maison pour les quatre-vingts années qui suivent.

Le circuit secret : imprimeurs, brocheuses, distributeurs

Publier clandestinement sous l’œil de la Propaganda-Abteilung et de la Gestapo, ça ne s’improvise pas. Le circuit que met en place Bruller-Vercors tient sur trois étages, comme une horlogerie suisse en pleine guerre.

L’impression d’abord. Bruller refuse l’imprimerie d’Ernest Aulard, son ancien partenaire, parce que le personnel y est trop nombreux pour qu’un secret y survive. Aulard l’envoie chez Claude Oudeville, qui tient une petite imprimerie boulevard de l’Hôpital, juste en face de l’hôpital de la Pitié devenu hôpital militaire allemand. Oudeville travaille seul. Il accepte. Il tirera Le Silence de la mer feuille à feuille, entre deux faire-part de deuil, pendant deux longs mois. À partir du troisième titre, Aulard reprend le flambeau, le dimanche, dans son imprimerie déserte, aidé du contremaître Pierre Doré, du typographe Marcel Bâclé et du pressier Léon Tessier.

Le brochage ensuite. Yvonne Paraf, amie de Bruller, accepte la tâche dans son appartement du cinquième étage de la rue Vineuse. Plusieurs femmes de la Résistance la rejoignent. Quinze jours pour brocher cinq cents volumes. Pendant qu’elles cousent les cahiers, Vercors plie et colle les couvertures dans la cuisine. Les volumes finissent au café La Halle des taxis, en attente de distribution.

La diffusion, enfin. À Paris, ça circule sous le manteau, par les libraires complices. En zone sud, les valises se perdent. On compte sur Yves Farge à Lyon, sur Aragon dans la Drôme, sur Jean Cassou et Georges Sadoul à Toulouse. Le système est artisanal et fragile. Il tient.

Vingt-six livres clandestins pour défier la censure

Vingt-six livres clandestins pour défier la censure

Pierre de Lescure doit se cacher dès le printemps 1942 puis quitter la France. La direction littéraire échoit à Paul Éluard, sorte de tuteur poétique pour la maison. De l’automne 1943 à août 1944, vingt-six ouvrages sortent des presses clandestines. Quelques titres qu’il faut citer pour mesurer ce que ça représente :

  • Le Silence de la mer, de Vercors, premier de la liste, devenu un classique scolaire
  • À travers le désastre, de Jacques Maritain, imprimé en douze jours par Oudeville
  • Le Musée Grévin, signé François La Colère (Louis Aragon)
  • Le Cahier noir, par Forez (François Mauriac)
  • Les Amants d’Avignon, par Laurent Daniel (Elsa Triolet)
  • Contes d’Auxois, par Auxois (Édith Thomas)
  • L’Honneur des poètes, recueil collectif rassemblé par Paul Éluard et Pierre Seghers
  • Chroniques interdites, volume collectif paru en avril 1943
  • 33 sonnets composés au secret, par Jean Noir (Jean Cassou)
  • Nuits noires de John Steinbeck, première traduction française intégrale de The Moon is Down

Sous des pseudonymes, on retrouve Eluard, Aragon, Maritain, Mauriac, Jean Paulhan, André Chamson, André Gide. Pour cette maison d’édition née dans la clandestinité, il faut tenir le flambeau de la pensée française. Pas créer une littérature de combat, non. Plutôt prouver, livre après livre, qu’une autre voix existe.

À la Libération, Vercors hésite. Le nom même, Éditions de Minuit, devait disparaître avec la nuit de l’Occupation. C’est Yvonne Paraf, c’est Paul Éluard qui le poussent à continuer. La marque est déposée au registre du commerce le 3 octobre 1944. La société est créée le 15 octobre 1945. Vercors en devient président, Yvonne Paraf directrice générale adjointe. Lescure, fâché avec Vercors, ne fera pas partie de l’aventure.

L’après-guerre et le sauvetage par Jérôme Lindon

La maison sort de l’ombre. Elle entre dans l’économie de marché. Ça ne se passe pas bien. Malgré le succès du Silence de la mer, malgré les choix éditoriaux solides (Bataille, Klossowski, Boyer, Calet, Henri Thomas, Arthur Miller dès 1947, Dylan Thomas, Jaspers en 1948), les tirages restent modestes. Les déficits s’accumulent. Vercors finit par abandonner la présidence en 1948.

Entre en scène un jeune homme de vingt-deux ans, Jérôme Lindon. Beau-fils de Marcel Sicard, il avait soutenu financièrement la maison entre mai 1947 et mai 1950, à hauteur de sommes que personne d’autre n’aurait avancées. Le voilà directeur. Il le restera plus de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 2001. C’est lui qui va sauver la maison une première fois, puis l’inventer une seconde fois.

Trois publications de 1951 ouvrent trois directions pour la suite :

  • Évocation du vieux Paris, de Jacques Hillairet, point de départ du futur Dictionnaire historique des rues de Paris, jamais épuisé depuis
  • Lettre aux directeurs de la Résistance, pamphlet de Jean Paulhan, qui ouvre la collection « Documents »
  • Molloy, premier roman d’un Irlandais inconnu, refusé par d’autres éditeurs, signé Samuel Beckett

Beckett, le coup de maître qui change tout

Novembre 1950. Suzanne Dumesnil-Beckett pousse la porte de la rue Bernard-Palissy avec trois manuscrits sous le bras : Molloy, Malone meurt, L’Innommable. Tous refusés ailleurs. Lindon les prend. Molloy paraît en mars 1951. Le succès n’est pas commercial au premier jour, mais critique. Jean Blanzat parle dans Le Figaro littéraire d’un « livre événement ». Maurice Nadeau salue dans Combat le « conquérant gigantesque d’une réalité insaisissable ».

Suivent Murphy, Watt, Mercier et Camier, des nouvelles, et puis cette pièce écrite en 1948-1949 que personne ne savait quoi en faire : En attendant Godot. Mise en scène par Roger Blin au Théâtre Babylone début 1953, elle fait scandale et triomphe. Traduite dans cinquante langues, jouée partout dans le monde. Beckett enchaîne avec Fin de partie en 1957, Oh les beaux jours en 1963, Catastrophe en 1982.

En 1961, il reçoit le Prix international des éditeurs pour Comment c’est. En 1969, le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre. La maison de la rue Bernard-Palissy est désormais associée à un nom qui pèse dans la littérature mondiale. Beckett, jusqu’à sa mort en 1989, restera fidèle à Lindon. Une amitié de quarante ans, faite de respect mutuel et de pudeur. Echenoz en tirera un beau livre, Jérôme Lindon, paru en 2001.

Naissance du Nouveau Roman, signature éditoriale de la maison

L’année 1957 est l’une de ces années où la littérature française change de visage. La rue Bernard-Palissy en est le théâtre. Cinq livres paraissent presque simultanément :

  • Fin de partie, de Samuel Beckett
  • La Jalousie, d’Alain Robbe-Grillet
  • Le Vent, de Claude Simon
  • Tropismes, de Nathalie Sarraute
  • La Modification, de Michel Butor

Butor obtient le prix Renaudot. Émile Henriot, dans Le Monde, parle pour la première fois de « Nouveau Roman » pour désigner ce groupe d’écrivains qui refusent l’intrigue traditionnelle, le narrateur omniscient, le personnage psychologique. Robbe-Grillet est entré au comité de lecture fin 1954, en remplacement de Georges Lambrichs. C’est lui qui théorise et défend le mouvement dans des articles, des conférences, des interviews. Son essai Pour un nouveau roman, paru en 1963 dans la collection « Critique », devient la bible du courant.

Robert Pinget rejoint le mouvement dès 1956. L’Inquisitoire lui vaut le prix des Critiques en 1963, Quelqu’un le Femina en 1965. Marguerite Duras publie Moderato cantabile en 1958, Détruire dit-elle en 1969, avant la grande série des années 1970 et 1980. Claude Simon décroche le prix Médicis pour Histoire en 1967, puis le Nobel de littérature en 1985 pour Les Géorgiques et l’ensemble de son œuvre.

Deux prix Nobel en seize ans (Beckett 1969, Simon 1985). Pour une maison d’édition qui n’a jamais dépassé la dizaine de salariés. Rien d’équivalent dans le paysage français.

Guerre d’Algérie : la maison face à l’État

Lindon n’est pas qu’un éditeur littéraire. C’est un homme politique, sans étiquette, mais farouchement attaché aux libertés publiques. La guerre d’Algérie va lui faire payer cher cet engagement.

1957 : Pour Djamila Bouhired, par Jacques Vergès et Georges Arnaud, dans la collection « Documents ». Dénonciation des tortures pratiquées par l’armée française. Début 1958 : La Question, témoignage d’Henri Alleg, journaliste algérien torturé par les paras. Le gouvernement saisit le livre. Mai 1958 : L’Affaire Audin, brochure accusant des officiers d’avoir assassiné le mathématicien Maurice Audin. 1959 : La Gangrène. Interdit aussi.

Au total, une dizaine de livres de la collection « Documents » sont interdits ou saisis entre 1957 et 1962. Jérôme Lindon est inculpé à plusieurs reprises pour atteinte au moral de l’armée, incitation à la désobéissance, diffamation de la police. Il est condamné pour la publication du Déserteur de Maurienne. Pierre Vidal-Naquet clôt cette période avec La Torture dans la République en 1972.

En 1969, Pour les fidayine de Vergès, consacré aux combattants palestiniens, déclenche un nouveau tollé. En 1982, la Revue d’études palestiniennes trouve refuge dans la maison. La ligne ne bougera pas : publier ce que d’autres refusent de publier, quand l’enjeu est démocratique.

Sciences humaines : Bourdieu, Deleuze, Bataille

La littérature, oui, mais pas seulement. Lindon tient à ce que sa maison publie de la pensée. Plusieurs collections vont devenir des références dans le monde universitaire francophone.

« Critique » d’abord, fondée par Georges Bataille en 1946, paraît aux Éditions de Minuit depuis 1950. Georges Bataille y publie La Part maudite, Gilles Deleuze et Félix Guattari y signent L’Anti-Œdipe, Mille plateaux, Qu’est-ce que la philosophie ?. Jacques Derrida y donne De la grammatologie. S’y ajoutent Pierre Clastres (La Société contre l’État), Vincent Descombes, Emmanuel Levinas, Jean-François Lyotard, Michel Serres avec sa série des Hermès. Une bonne partie de la French Theory qui fera fureur dans les universités américaines est passée par là.

« Le sens commun », créée par Pierre Bourdieu en 1966, devient le porte-voix de la sociologie française. Bourdieu lui-même y publie La Distinction et, avec Jean-Claude Passeron, Les Héritiers. La collection accueille Erving Goffman (Asiles, La Mise en scène de la vie quotidienne), Émile Benveniste (Vocabulaire des institutions indo-européennes), Marcel Mauss, Theodor Adorno, Richard Hoggart. Une bibliothèque de la sociologie critique se construit livre après livre.

« Arguments », fondée par Kostas Axelos, publie Lukács, Marcuse, Bataille, Herbert Marcuse (L’Homme unidimensionnel, l’un des livres de chevet de Mai 68). « Propositions » accueille Saul Kripke, Hilary Putnam, John Searle. « Paradoxe », créée en 1993, donne sa chance à Pierre Bayard qui y publie en 2007 Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, vendu à plus de 40 000 exemplaires et traduit dans vingt-six pays.

Le catalogue de sciences humaines de la maison se lit comme un sommaire du XXe sièclé intellectuel français.

Marguerite Duras, Echenoz, Toussaint, NDiaye

Septembre 1984. L’Amant paraît. Marguerite Duras avait publié des livres aux Éditions de Minuit depuis 1958, mais c’est elle qui rejoint le catalogue de manière exclusive à partir de 1977. Le succès dépasse tout ce que la rue Bernard-Palissy avait connu. Deux cent cinquante mille exemplaires vendus avant le Goncourt de novembre. Plus d’un million trois cent mille exemplaires en France après dix-neuf ans. Plus d’un million supplémentaire chez France Loisirs. Quarante langues. L’Amant devient l’un des plus grands succès de l’édition d’après-guerre.

À partir des années 1980, une nouvelle génération arrive. Jean Echenoz publie Le Méridien de Greenwich en 1979, décroche le Médicis pour Cherokee en 1983, le Goncourt en 1999 pour Je m’en vais (vendu à 400 000 exemplaires). Jean-Philippe Toussaint sort La Salle de bain en 1985, 80 000 exemplaires dès la première année, et bâtit ensuite une œuvre romanesque autour du personnage de Marie. Marie NDiaye a dix-huit ans quand paraît Quant au riche avenir en 1985 ; elle obtient le Femina en 2001 pour Rosie Carpe, puis verra sa pièce Papa doit manger entrer au répertoire de la Comédie-Française en 2003.

Christian Gailly, Christian Oster, Tanguy Viel, Laurent Mauvignier, Éric Chevillard… La maison continue de défendre des écritures singulières, souvent économes, attentives à la phrase. Pas de best-sellers calculés, pas de communication marketing tonitruante. Le livre, son texte, sa couverture blanche à liseré bleu : la marque de fabrique se voit à dix mètrès dans une vitrine.

De la rue Bernard-Palissy à Gallimard : la maison aujourd’hui

Jérôme Lindon meurt en avril 2001. Sa fille Irène Lindon, entrée dans la maison en 1989, reprend les rênes. Vingt ans aux commandes. Vingt ans à défendre une ligne éditoriale exigeante, un catalogue qui se renouvelle sans céder à la mode.

En 2021, Irène Lindon vend les Éditions de Minuit à Gallimard. Le séisme est moins violent qu’on aurait pu craindre. Antoine Gallimard devient président. Thomas Simonnet, qui dirigeait la maison depuis plusieurs années auprès d’Irène Lindon, prend la direction éditoriale. L’autonomie éditoriale est préservée. Les bureaux restent à leur adresse historique, rue Bernard-Palissy. La couverture blanche au liseré bleu, dessinée par Massin, ne bouge pas. Le format non plus. Les lecteurs n’y verront rien.

Le passage dans le giron de Gallimard pose pourtant la question de l’indépendance : pendant quatre-vingts ans, la maison s’était définie par sa capacité à n’appartenir à personne. Quelques voix s’inquiètent dans la presse littéraire au moment de l’annonce. Trois ans plus tard, la rentrée littéraire 2024 voit paraître les nouveaux titres de Toussaint, d’Echenoz, des romans de Maylis de Kerangal en collection courte. Pas de bouleversement visible.

L’héritage est intact. Les livres clandestins de Vercors et de ses complices restent au catalogue. Le Silence de la mer se vend toujours. L’Amant aussi. En attendant Godot est joué quelque part dans le monde chaque semaine. Pour une maison qui devait disparaître avec la nuit, ce n’est pas si mal.

La maison vue depuis les Corbières

L’histoire des Éditions de Minuit résonne particulièrement dans une région comme la nôtre, où la lecture publique a toujours tenu une place importante. Le Banquet du livre de Lagrasse accueille chaque été des écrivains qui se reconnaissent dans la ligne exigeante portée historiquement par la rue Bernard-Palissy. Plusieurs auteurs de la maison y sont venus lire, dialoguer, défendre leurs textes. À l’échelle plus locale, les rencontres littéraires des Corbières prolongent ce goût pour la littérature dite « difficile », celle qui demande qu’on s’attarde, qu’on relise, qu’on referme le livre pour réfléchir. C’est dans cette filiation que le Banquet du livre de Lagrasse trouve son ancrage : faire dialoguer création contemporaine et patrimoine éditorial, dans un village médiéval qui se prête particulièrement bien à l’exercice.

Une visite estivale dans l’Aude peut donc commencer par une lecture des Éditions de Minuit. Beckett, Duras, Echenoz, NDiaye : autant de compagnons de voyage pour les chemins de garrigue et les terrasses de café à Lagrasse, Tuchan ou Durban-Corbières.

Foire aux questions sur les Éditions de Minuit

Qui a fondé les Éditions de Minuit et en quelle année ?

Les Éditions de Minuit ont été fondées en 1941, à Paris, en pleine Occupation allemande, par le dessinateur Jean Bruller (qui prendra le pseudonyme de Vercors) et l’écrivain Pierre de Lescure. Le premier livre publié, Le Silence de la mer, signé Vercors, commence à circuler en octobre 1942.

Combien de livres clandestins la maison a-t-elle publiés sous l’Occupation ?

Vingt-six ouvrages ont été imprimés et diffusés clandestinement entre 1942 et août 1944. On y trouve notamment Le Silence de la mer, À travers le désastre de Jacques Maritain, Le Musée Grévin d’Aragon (sous le pseudonyme François La Colère), Le Cahier noir de François Mauriac, ou encore L’Honneur des poètes, recueil collectif rassemblé par Paul Éluard.

Quel rôle a joué Jérôme Lindon dans l’histoire de la maison d’édition ?

Jérôme Lindon a sauvé la maison de la faillite à partir de 1948, à l’âge de vingt-deux ans, puis l’a dirigée jusqu’à sa mort en avril 2001. C’est lui qui a publié Samuel Beckett, lancé le Nouveau Roman, accueilli Marguerite Duras, et défié les pouvoirs publics pendant la guerre d’Algérie. Une seule maison d’édition, dirigée par un seul homme pendant un demi-sièclé.

Combien de prix Nobel ont les auteurs des Éditions de Minuit ?

Deux prix Nobel de littérature ont récompensé des auteurs publiés exclusivement chez Minuit : Samuel Beckett en 1969 et Claude Simon en 1985. Trois prix Goncourt ont aussi été obtenus par des livres parus à Minuit : L’Amant de Marguerite Duras (1984), Les Champs d’honneur de Jean Rouaud (1990) et Je m’en vais de Jean Echenoz (1999).

Qu’est-ce que le Nouveau Roman et quel lien avec les Éditions de Minuit ?

Le Nouveau Roman désigne un courant littéraire des années 1950-1960 qui rompt avec l’intrigue classique, le personnage psychologique et le narrateur omniscient. Ses figures principales (Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Michel Butor, Robert Pinget, Marguerite Duras) ont toutes publié aux Éditions de Minuit, qui en devient la maison d’édition de référence dès 1957.

Les Éditions de Minuit existent-elles toujours aujourd’hui ?

Oui. La maison continue de publier de la littérature contemporaine et des essais. Elle a été rachetée par Gallimard en 2021, après le départ d’Irène Lindon, fille de Jérôme Lindon. Antoine Gallimard en est devenu président, Thomas Simonnet directeur éditorial. Les bureaux restent rue Bernard-Palissy à Paris, et la fameuse couverture blanche à liseré bleu n’a pas changé.

Pourquoi la couverture blanche à liseré bleu des Éditions de Minuit est-elle si reconnaissable ?

Cette identité visuelle a été dessinée par le graphiste Massin dans les années 1950. Elle reprend la sobriété du livre clandestin : pas d’illustration de couverture, juste le nom de l’auteur, le titre, l’étoile de la maison et ce mince filet bleu. Un parti pris esthétique de modestie qui a fini par devenir une marque de fabrique reconnaissable entre toutes en librairie.

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