Résidence partagée septembre 2020

Comme chaque année, la Maison du Banquet et des générations a accueilli, tout au long du mois de septembre, trois résidents, sélectionnés au printemps par le jury autour du thème Des jardins

Louise Piélat, paysagiste, Estelle Chauvard, graphiste, et Adrien Genoudet, historien, écrivain et vidéaste, ont arpenté les jardins de Lagrasse, rencontré les jardiniers, fouillé les archives et les paysages.

Ils reviendront à Lagrasse, au mois de mai prochain, pour exposer leurs travaux et leurs découvertes…

Les trois résidents avaient proposé des projets très différents. Les voici, tels que le jury les a sélectionnés…

 

Louise Piélat

« Ce travail en résidence me permettra de prendre du recul par rapport à ma pratique de paysagiste et me requestionner sur le rapport au vivant que l’homme entretient dans un jardin.
Pouvoir échanger avec les autres résidents, me confronter à d’autres regards, d’autres façons d’aborder l’imaginaire du jardin. Avoir l’occasion d’approfondir ma pratique du dessin-croquis, par une expérience sensorielle sur un temps long.

Entrer dans un jardin comme on part en voyage. Tout invite au voyage dans le jardin. Et les plantes l’illustrent bien. Parfois vagabondes, venues d’ici et d’ailleurs, elles se côtoient et s’entremêlent sous la main du jardinier, au gré du vent ou de l’activité humaine.

Un jardin qui pourrait sembler ordinaire de prime abord recèle des surprises dès lors qu’on commence à prendre le temps, le temps de l’observation.

Je propose comme point d’ancrage de partir à la rencontre des jardins de Lagrasse. M’appuyer sur une réalité de terrain pour alimenter ma réflexion. Le jardin est pris au sens large, avec ou sans jardinier. Il peut se retrouver dans un délaissé, un recoin enfriché, la rive d’une rivière, il peut se cacher derrière de hauts murs, à l’abri des regards, ou être ouvert à tous les vents, il peut être nourricier, il peut être historique ou contemporain… »

 

Estelle Chauvard

 

« Ma démarche s’inspire des pratiques du Design fiction. En tant qu’actrice du domaine de la communication, ayant eu à valoriser des marques ou des œuvres à travers des productions littéraires et graphiques, je m’intéresse à la capacité de ces productions à fabriquer, à donner existence à ces marques et ces œuvres. Le Design fiction consiste à créer des objets de design selon des usages fictifs, dans une visée spéculative et/ou critique. Ce projet est pour moi un moyen de raconter, à travers la fiction, des problématiques contemporaines soulevées par le jardin. Les trois œuvres de Danielle Dixe explorent trois façons différentes d’envisager le jardin : comme métaphore du cheminement initiatique, comme harmonie entre l’homme et la nature et, en n, comme objet social et politique. Ce dernier aspect est à mon sens le plus important et le plus actuel – c’est pourquoi l’histoire de Danielle Dixe est celle d’un éveil politique tardif. Envisager les problématiques écologiques sous le seul angle du mode de vie individuel me semble être une impasse. Ce sont des questions fonda- mentalement sociales et politiques. Or, le jardin pose dans ce cadre un paradoxe intéressant : espace clos, fermé sur soi, traditionnellement associé à la propriété privée et à l’intimité, il est récemment devenu, avec des initiatives comme les Zones à Défendre (ZAD), le guerrilla gardening ou plus simplement les potagers partagés, un instrument et un enjeu de lutte et de gestion collective. »

 

 

Adrien Genoudet

« L’histoire de ce projet intitulé provisoirement « Boutures », s’ouvre au milieu des jardins d’Albert Kahn. Depuis quelques années, comme un lieu étendu, sans bords et sans limites, les jardins de ce banquier-philanthrope resté presque inconnu ne cessent d’ouvrir des désirs. Tout part des jardins d’Albert Kahn. Il paraît que, lorsque l’on se promène dans les jardins et les forêts, notre corps aspire l’essence des plantes et des arbres, qu’il se fait habitacle et que, au gré de la marche, nous finissons par devenir un terrain fertile où des corps étrangers, bienveillants, se mettent à éclore. (…)

Je commence un projet plus vaste, au long cours, où je souhaite à la fois partager les images Kahn dans le monde (la plupart des images n’ont jamais été montrées dans les pays où elles ont été prises) tout en réactualisant et interrogeant, dans notre monde actuel, par plusieurs moyens artistiques, une partie de sa pensée universaliste, humaniste et pacifiste. Autrement dit, je cherche, à travers des projets de films, d’installations, de performances ou d’écrits littéraires à resituer le temps long de ces images, leurs migrations et leurs présences, de nos jours. Que faire, en somme, du projet visuel et végétal de Kahn, pensé comme une archive du monde avant sa disparition à l’heure où, justement, nous n’avons jamais autant parlé d’effondrement, de disparition prochaine des espèces et des écosystèmes et de divisions sociales et politiques ? »

 

La prochaine résidence partagée aura lieu à Lagrasse au mois de mai 2021 sur le thème Se déplacer

« Se déplacer c’est quitter un lieu pour en rejoindre un autre, quitter une place assignée pour un lieu plus incertain. Ce peut être un voyage volontaire, une fuite ou un exil forcé, une migration.
Se déplacer, c’est aussi faire un pas de côté hors de ses certitudes, pour voir autrement, pour comprendre à partir de savoirs et d’expériences autres, d’un autre art, d’une autre discipline, d’un autre mode de connaissance.
Se déplacer c’est refuser d’être assigné à résidence. »

Les candidatures sont à envoyer avant le 15 décembre.

Pour se renseigner, consulter ici la page du site de la Maison du banquet